mercredi 5 mai 2010

Chez tous les bons libraires


« Si l'on décide d'envoyer des cartes postales, autant se donner la peine de choisir un paysage ou un monument qui corresponde au goût de la personne à qui on l'adresse. Evitez les caricatures faciles ou les cartes humoristiques qui ne le sont guère. »
Nadine de Rothschild

Cet ouvrage constitue plus qu'un simple recueil d'images. Il s'agit avant tout d'un document historique et sociologique sans équivalent. Ce panorama exceptionnel de la carte postale humoristique à son âge d'or (1960-1970) dessine en effet les contours d'une France aujourd'hui disparue, une France que l'on pourrait situer chronologiquement entre Pompidou et Giscard… et artistiquement entre David Hamilton et le professeur Choron.

Ces cartes, patiemment chinées au hasard de quinze ans de vide-greniers, bien loin des cercles confinés de la cartophilie, avec pour seul critère leur intérêt pictural et leur drôlerie, nous offrent un patrimoine unique oscillant entre le meilleur et le pire, parfois grivois, souvent gaulois, toujours réjouissant.

Car l'univers de la carte postale a ses codes propres, ses thèmes de prédilection, ses impératifs ! Force est de reconnaître que l'on n'y prend pas de gants : si la femme est traitée sans ménagement, sujet de grasse rigolade au même titre que l'âne, le singe, le clochard ou le fruit de mer, l'homme n'est pas ménagé pour autant, tour à tour buveur impénitent, cocu pathétique, ami décevant, chasseur bredouille, piètre sportif et amant paresseux.

Comment ne pas être stupéfait face aux trésors d'inventivité et d'audace déployés ici, dans une absence d'inhibition et une fraîcheur décomplexée qui font si cruellement défaut de nos jours : c'est le triomphe du bout de ficelle et de la bonne franquette. Les limites du bon goût sont allègrement franchies sans que quiconque y trouve à redire. On fait poser les copines, la famille est mise à contribution. On travaille avant tout pour le plaisir et en toute humilité. Les détourages se font sans anésthésie, on place les textes au Letraset® directement sur la photo. L'éditeur paie au lance-pierre, quand il paie, et on se retrouve par milliers d'exemplaires sur tous les tourniquets de France sans toucher un centime de royalties.

Ce livre ne prétend pas à l'exhaustivité. Il entend simplement rendre un vibrant hommage à ces truculents forçats de la carte comique (et en particulier à l'incontournable Alexandre, dont la production pléthorique dépasse l'entendement), et faire partager à un large public ces trésors oubliés de la carte postale à papa.

Ces images n'ont pas survécu aux années 80, mais le charme qui s'en dégage est à l'épreuve du temps.

192 pages, Plus de 600 reproductions quadri.
Editions Cornélius
, 19 euros.
Un bon papier dans Libé et une belle colonne dans Charlie.
Qui dit mieux !